Association Psychanalyse et Médecine

" LE GERME N’EST RIEN "


C’EST PASTEUR QUI PARLE.

LOUIS PASTEUR.

Rage, antisepsie, asepsie, théorie microbienne, pasteurisation, Institut Pasteur...

« Sur son lit de mort, Pasteur dit au professeur Rémon,
qui se trouvait à son chevet : Bernard avait raison :
Le germe n’est rien, c’est le terrain qui est tout. »

« sur son lit de mort »… ,
Ce qui, à tort ou à raison, est censé délivrer sa vérité au bout d’une vie,
destiné à faire héritage, propos pour la postérité .

Il ne se réfère pas à n’importe qui :
à Claude Bernard.
Fondateur de la Médecine Expérimentale. Pierre angulaire de la Science.

Ce mot est rapporté par Hans Selye.
Inventeur du terme stress .
Concept biologique multiple et confus,
holophrase et plafond de verre :
Au delà, on n’a plus besoin de psychanalyse.

Et Hans Selye commente le débat de toute une vie entre les deux savants :

« Pasteur insistant sur l’importance du producteur de la maladie,
et Claude Bernard sur l’équilibre du corps lui-même. » (1)

Sur son lit de mort Pasteur se range,
selon un énoncé radical,
à la vision de Claude Bernard :
C’est le terrain qui est tout.

Louis Pasteur et Claude Bernard disent « terrain »
et non « environnement » : Autre holophrase.
Les recherches actuelles, par exemple sur l’épigénétique,
utilisent systématiquement le terme d’« environnement «,
terme vague, désignant ce qui est extérieur.

« Terrain » inclut extérieur et sujet.
Terre, réalité tangible, tellurique.
Incluant l’archaïque, les soubassements.

Non pas différence de style, mais de conception :
deux visions de la science fondamentalement différentes.
Et frontière avec la psychanalyse .

L’histoire des épidémies, toutes les 2-3-10 années,
en fait permanentes,
invisibles et terrifiantes, effrayantes de puissance.
Règne de la peur et de la toute puissance infinitésimale et indéfinissable

Si le virus n’est pas rien, il n’est pas tout non plus .

Et à travers les âges les réponses sont grossières, apeurées et désastreuses.

Pourquoi certains l’attrapent –ils et pas d’autres ?
Pourquoi certains y sont très sensibles, d’autres pas ?
Physiologie ? Immunité ?
Hasard ? Pas de chance ?

Tout ceci est très éloigné d’une véritable démarche clinique,
Et partant, du soin même.

Il n’est tenu à aucun moment compte de la singularité des sujets,
des spécificités, équilibres, inconscient. De la jouissance.

Gros mots ? Détails ridicules ? Foutaises psychologiques ?

Mais où sont les psychanalystes ?
Ils ne disent mot.
Confinés ?
Au téléphone avec leurs patients ?

Effacer une part essentielle de la vie sous couvert de statistiques n’est pas sérieux. L’inflation imaginaire dérisoire n’est manifestement plus du côté des psychanalystes, mais des scientifiques à oeillières, qui ne cessent de dire la vérité en diminuant le nombre de variables, éliminant une part de la vie, obscure et immaîtrisable.

Les tenants de la science contemporaine
ne seraient pas du niveau de Claude Bernard et de Pasteur ?
Les psychanalystes contemporains
seraient ils écrasés sous les algorithmes, oubliant Freud, Groddeck et les autres ?

HOUCHANG GUILYARD
07 mai 2020


(1) Hans Selye. The stress of life. Montréal. 1956. Le stress de la vie. Gallimard. 1962. P. 273